[ Clos ] Servir ou mourir [Solo]

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Message par Mariza le Mar 23 Fév 2016 - 11:43

Post sous contrainte

« Mariza ? Ici ? »

Je déglutis en entendant qu'on parlait de moi derrière le rideau fin qui servait de porte à la tente de notre cheffe. Il fallait dire qu'une page de mon avenir était clairement en train d'être écrite, et que tout dépendait de savoir si j'allais être reçue en entretien, ou évincée.

« … Qu'elle entre. »

Je libérai une respiration que j'avais bloquée sans trop y faire attention, soulagée. Bien sûr, tout était encore possible, mais ce premier pas en ma direction montrait que ma tribu ne me rejetait pas encore complètement. À l'intérieur, une des suivantes de notre dirigeante, celle qui avait annoncé mon arrivée, ouvrit le rideau et me fit signe d'avancer. Je m'approchais avec un mélange de confiance et de crainte mêlée, bien consciente que cette femme était aussi loyale avec ses alliées qu'elle pouvait être sans merci avec les traîtres. Restait à savoir dans quelle catégorie elle me mettait  désormais. Je m'inclinais sommairement pour lui présenter mes respects.

« Emera-sama. »

« Mariza. Cela faisait longtemps. Très longtemps. Près de quatre années entières. »

Je relevai la tête sans répondre, attendant de voir ses réactions et observant notre souveraine. Emera était physiquement très différente de moi. Elle était belle, nous l'étions toutes. Elle avait une silhouette voluptueuse. Ses cheveux étaient noirs naturellement, longs et généreusement bouclés, et ses yeux bridés étaient de la même teinte foncée ; mais la force de son regard, sa détermination et son amour de notre culture étaient exactement semblable aux miens. Et elle le savait bien ; c'était probablement la raison pour laquelle elle avait accepté mon retour alors qu'elle était déjà au courant de mon échec.  

« Quatre ans, oui… Tes rivales ont laissé courir les pires rumeurs possibles, tu sais. Les plus gentilles parlaient de ta mort ; d'autres prétendaient que tu avais simplement déserté et abandonné ta mission. Certaines encore affirmaient que tu avais choisi de quitter les tiens car tu avais trouvé le bonheur après d'un homme... »

« C'est faux ! »

J'avais hurlé, incapable de me retenir. Mes traits se contractèrent sous l'effet de la fureur. C'était vraiment la pire insulte possible et si j'avais le moindre soupçon concernant l’identité de celle qui avait osé pensé à cette idée, elle allait passer un très sale quart d'heure. Mon coup de colère fit cependant rire notre souveraine.

« Je sais bien, Mariza ! Je sais bien. Tu es bien l'une de celles que je soupçonne le moins de pouvoir  nourrir le moindre sentiment de ce genre. Néamoins, cela fait quatre ans, et nous n'avons toujours aucun… résultat. »

Ses yeux se portèrent sur mon ventre, que je me retins de couvrir de mes bras. Je savais bien ce que signifiait son regard ; en quatre ans, je n'avais jamais porté d'enfant. En fait, en vingt-sept ans de vie, je n'avais jamais porté d'enfant ; je suppose qu'en tant que plusieurs fois mère elle-même, elle pouvait le voir même à travers mes vêtements, ce qui rendait impossible toute tentative de mensonge telle que « j'ai perdu le bébé ». Je n'avais pas l'intention de mentir, de toute façon. Pas à Emera.

« La plupart de nos jeunes sont revenues et nous ont ramené de nouvelles recrues en pleine santé. Es-tu allée voir une Guérisseuse ? »

Le rouge me monta aux joues. J'étais gênée et agacée qu'on puisse, en plus de tout, croire que j'étais mal formée d'une quelconque façon, me rendant incapable d'enfanter.

« Le problème ne vient pas de moi, répondis-je d'une voix rauque. Je suis… Je devrais être parfaitement opérationnelle à ce niveau-là. Le fait est que je n'ai pas eu l'occasion d'essayer. »

« En QUATRE ans ? »

Tout le problème restait là, à vrai dire. En quatre ans, je n'avais pas eu le temps de remplir les missions confiées à la fois par ma tribu, par mon sang et par le destin. Faire un enfant, découvrir qui était mon frère, et tuer Illumino El Pathos. Je m'étais trop dispersée et je revenais au bercail à peine plus avancée que j'en étais partie.

« Il y a eu… des complications. J'ai dû mettre cet objectif de côté pour en atteindre d'autres et… »

Danger ; il ne fallait pas trop en dire. Je marchais sur la corde raide à ce moment, car il fallait garder mes aventures avec Gareth et Illumino secrètes. Heureusement, notre souveraine vint à mon secours en m'offrant une voie de sortie, même si elle n'était pas la meilleure possible.

« En allant réveiller Registeel, par exemple ? Oui, ton retour a fait grand bruit. Je me demande d'ailleurs si quelqu'un sur l'île ne l'a pas entendu. »

L'expédition au Temple Hydro me revint alors en mémoire, et je me sentis soudain glaciale et vaseuse, comme extirpée de mon propre corps. Un goût de sang et de métal envahit ma gorge qui se serra.

« Je… Je ne souhaite pas vraiment aborder ce point, m'entendis-je répondre d'une voix blanche. Mais oui, c'est plus ou moins lié. J'ai même dû affiner mes capacités à l'arc. Je ne suis pas mère, mais je suis une meilleure guerrière qu'avant. »

Cette plaidoirie n'allait probablement pas suffire, évidemment. J'avais encore en tête les mots de départ qu'on m'avait dit lorsque j'avais quitté le camp la première fois :« cette requête est un de tes devoirs envers les Chasseresses ». Une Amazone qui ignorait ses devoirs, toute bonne guerrière qu'elle était, ne pouvait être acceptée parmi le groupe. Aujourd'hui, pour avoir fait passer ainsi au second voire troisième plan cette mission solennelle, je ne me sentais pas digne d'être acceptée parmi le groupe. Je ne m'attendais à rien de moins qu'un bannissement qui m'aurait dévastée, et pourtant j'avais l'impression d'être un fantôme au milieu de la mer : les vagues me passaient dessus, autour et dedans, mais sans me renverser.

Pourtant, ce qu'Emera sembla insinuer me fit l'effet d'une décharge électrique qui me traversa de part en part.

« Tu sais, Calypso se fait vieille. Elle ne peut plus avoir d'enfants. »

La direction que prenait cette conversation ne me disait rien qui vaille, mais je n'avais pas d'autres choix que de la suivre.

« Qu'est-ce que ma mère vient faire là-dedans ? »

Notre souveraine paraissait songeuse.

« Nous ne l'avons pas recueillie parmi nous uniquement par bonté d'âme, tu sais. Oui, elle m'a dit qu'elle t'avait parlé de tes origines et des siennes. »

Oh par Arceus. Qu'avait-elle fait. Si Emera savait d'où je venais, et si elle savait que je savais… Mes chances de réintégrer le groupe fondaient comme neige au soleil, de secondes en secondes. Si elle leur avait dit aussi que j'étais partie rencontrer mon frère, je pouvais aussi m'attendre à ce que des assassins m'attendent à la sortie de la tente. Mais notre cheffe poursuivit sans afficher le moindre signe qu'un quelconque complot était en train de se monter à mon insu.

« Nous l'avons recueillie parce qu'elle nous apportait quelque chose, toi. Elle nous offrait une nouvelle Amazone à éduquer et entraîner pour poursuivre notre héritage. C'est tout ce que nous demandions alors, et c'est ce que nous continuons à demander aux membres de notre tribu.

Tu as été une excellente élève. Tu as accepté nos principes et notre mode de vie, tu les as faits tiens. Tu as aussi été une excellente guerrière, une soldate, une vraie Chasseresse.

Mais aujourd'hui, j'ai besoin que tu sois mère. C'est l'ordre que nous t'avons donné. Si tu ne peux pas l'être, alors tu ne sers pas ton peuple. Et si tu ne sers pas ton peuple, alors ce que nous a apporté ta mère n'a plus de valeur ; et notre dette à votre égard à toutes les deux s'annule. »


Bannies. Non seulement moi, mais Calypso en prime. C'était assez équitable, présenté comme ça, mais ma mère n'avait plus d'autres endroits où vivre. Elle n'était qu'une fausse Amazone, une fausse morte, aussi, de l'autre côté de nos frontières. Enterrée et oubliée depuis bientôt trente ans (en comparaison, quatre ans c'était bien ridicule). Je ne parvenais pas à croire qu'elle pourrait se débrouiller seule, et tentai de défendre sa cause.

« Calypso vous est fidèle, elle l'a toujours été. »

« Oui, répondit Emera. Ce serait vraiment dommage de jeter ainsi quelqu'un qui nous aime autant, mais on ne peut pas se permettre de garder quelqu'un qui se contente de vivre à notre crochet sans rien nous apporter en échange. »

J'étais rapidement passée d'excellente Chasseresse à rien, dans cette histoire. Eh. Cela me fit sourire, un sourire ironique, auquel Emera répondit par le même rictus.

« Et ce serait vraiment dommage de perdre quelqu'un comme toi, Mariza ; voilà pourquoi, je pense que te donner un délai supplémentaire me semble honnête. »

Mon sourire s'effaça sous la surprise. Je ne pensais pas avoir une telle valeur pour qu'on me fasse ce genre de faveur ! Voyant qu'elle avait fait son petit effet, notre souveraine poursuivit en souriant, consciente qu'elle menait la conversation.

« Disons… Jusqu'à l'hiver prochain. Si tu n'es pas revenue grosse d'ici-là, toi et ta mère serez bannies de nos terres et traitées comme des étrangères. Avec tout ce que ça implique.»

Une dizaine de mois supplémentaires, c'était beaucoup trop beau pour être vrai, pourtant Emera ne semblait pas mentir, ou préparer un mauvais coup. Je restai silencieuse quelques instants, réfléchissant à toutes les possibilités que j'avais avec cette offre. L'enjeu était de taille, aussi n'allais-je pas devoir faire la difficile. Finalement j'acquiesçai, acceptant de remettre mon destin, et désormais celui de ma mère, dans les mains d'Emera.

[Contrainte n°2 : insister sur la psychologie du personnage]

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Re: [ Clos ] Servir ou mourir [Solo]

Message par Mariza le Jeu 7 Avr 2016 - 22:51

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Je sortis de la tente d’Emera soulagée, mais un peu perdue, aussi. Et contrairement aux autres fois où j’avais dû faire un peu d’introspection, ou où ma vie s’était retrouvée chamboulée d’une quelconque façon, je décidai d’aller parler à ma mère. Notre dernière conversation avait marqué un tournant dans mon histoire, et je me doutais que celle-ci risquait d’avoir le même effet sur la sienne. Peu importait. Je ressentais le besoin de me confier, de raconter, et elle était la mieux placée – et la seule – pour m’écouter. Je traversai donc notre village, croisant au passage des regards étonnés de me revoir, parfois joyeux, parfois suspicieux, jusqu’à rejoindre notre maison de tissus. Sans m’annoncer, je déplaçai une toile pour me glisser à l’intérieur. Ma mère me tournait le dos, ses longs cheveux châtains et ondulés glissant le long de son dos. Elle s’affairait à faire je ne sais quoi.

« Calypso. »

De surprise, je la vis sursauter et se tourner vers moi, d’abord inquiète, puis choquée et finalement ravie.

« Mariza ! Mariza, tu es revenue ! »

Sans prévenir, elle se leva et se jeta sur moi pour m’enlacer. J’étais assez peu habituée aux démonstrations d’affection, de manière générale, mais j’acceptai celle-ci sans trop rechigner, répondant à l’étreinte en passant une main dans le dos de ma mère.

« Il s’est dit tellement de choses… Je pensais que nos camarades ne te laisseraient jamais rentrer au village, si jamais tu revenais… »

« J’ai cru entendre ça, oui, et… Qu’est-ce que c’est que cette chose. »

Là où ma mère se trouvait un instant plus tôt se trouvait, allongé au sol, une créature que je ne connaissais pas. Un Pokémon, sans le moindre doute, mais je n’avais aucune idée de son espèce, et encore moins de la raison de sa présence ici… Les Chasseresses n’utilisaient que rarement des créatures dans leurs tâches, et il ne serait jamais venu à l’idée de qui que ce soit de les laisser entrer dans nos maisons. Mais Calypso ne semblait pas spécialement se formaliser de tout ceci, et elle me lâcha pour se rassoir à côté de la bestiole.

« Oh, c’est Toison. Enfin, c’est moi qui l’appelle comme ça. Je crois que c’est un… Cabriolaine ? Mais il n’est pas vraiment comme ses congénères. J’en ai aperçus quelques-uns autour du camp, mais aucun n’avait cette couleur. »

Cela me faisait une belle jambe tout ne répondant qu’à moitié à ma question. La bestiole me regardait, ses yeux vides semblant refléter la plus grande idiotie du monde. On disait bien des imbéciles qu’ils étaient « bêtes à manger du foin », je comprenais assez bien pourquoi. Ce que je voulais vraiment comprendre, c’était pourquoi cet animal se trouvait chez moi… et ma mère sembla bien comprendre qu’elle n’avait pas satisfait ma curiosité, car elle compléta sa réponse.

« Les Chasseresses l’ont trouvé blessé, un jour, et elles ont dit que sa différence était un signe, et qu’il fallait le sacrifier en l’honneur de Kyogre. Mais j’ai demandé à ce qu’on l’épargne… Ce qu’Emera a accepté, à condition que je m’en occupe et qu’elle ne le revoie plus. Depuis, il vit ici. »

J’observai la Chasseresse tandis qu’elle parlait de son Pokémon de compagnie, et je me rendis compte qu’elle semblait beaucoup plus vieille que dans mon souvenir. Seule, aussi. Je commençai à comprendre que l’offre d’Emera avait pour but de se débarrasser d’elle, et je voyais un peu pourquoi. Même si cela me rendait triste et en colère, quelque part. J’en vins à ressentir de la pitié pour ma mère. Les Amazones étaient sa seule famille… Et sa famille commençait à ne plus vouloir d’elle, par ma faute. Qu’elle ait ressenti le besoin de se faire un ami supplémentaire pouvait se comprendre, même si l’ami en question était en train de regarder dans le vide en mâchonnant un pan de la tente.

« D’ailleurs, j’ai appris que tu avais toi-même un Pokémon que Tayla t’avait offert ? C’est elle qui nous l’a appris. Contrairement à toi, elle est repassée plusieurs fois depuis son départ. »

J’enregistrai cette information quelque part dans ma tête, mais accordai ce point à ma mère. Je tapotai la capsule qui contenait mon Démanta. J’avais commencé par mépriser ce cadeau empoisonné, mais la raie manta s’était avérée beaucoup plus utile que je n’aurais pensé, en particulier lors de mon passage dans le Temple Hydro.

Je m’assis pour me mettre face à Calypso, à côté du dénommé Toison. J’ignorai comment lancer la conversation sur ce dont j’avais discuté avec notre cheffe, mais je n’eus pas à attendre longtemps pour que ma mère aborde le sujet qui l’intéressait.

« Tu… tu l’a vu ? »

Il n’était pas difficile de deviner de qui elle parlait, et je ne voyais pas l’intérêt de faire durer le suspense plus longtemps. J’acquiesçai, le regard perdu dans le vague, regardant distraitement notre nouveau compagnon animal. Ma mère mit ses mains devant sa bouche, comme pour dissimuler un sanglot. Cette démonstration de sentiments me mettait mal à l’aise. Pas tant parce que nous ne parlions ou ne montrions jamais ce que nous ressentions, dans la tribu : il était vrai que nous limitions généralement nos confidences concernant nos émotions à ce qui ne risquait pas de nous porter préjudice, en nous faisant passer pour faibles, mais cela ne voulait pas dire qu’il ne nous arrivait jamais de nous confier entre nous. Ce qui était dérangeant ici était que ma mère était prête à pleurer pour un homme, pour son fils. Les Chasseresses n’avaient jamais ce genre d’états d’âme. C’était même plutôt considéré comme un signe de dissidence.

Si ma mère avait vraiment expliqué à Emera le lien de parenté qu’il y avait entre Gareth Ivanoé et moi, et si elle avait montré autant de sentimentalisme dernièrement, entre la récupération d’un Pokémon destiné au sacrifice et désormais son bouleversement alors que j’avais à peine évoqué mon frère (et encore, en hochant seulement la tête)... J’en vins à me demander si elle n’était pas en danger dans la tribu, vue comme une paria. Je m’inquiétais pour elle ; mais dans le même temps, mes principes me poussaient à la voir comme une ennemie et à vouloir l’éloigner de notre groupe. Ces deux sentiments étaient quelque peu contradictoires, et surprenants. Mais je ne savais pas si ma mère avait ressenti ma gêne.

« Comment… comment est-il ? »

Urgh. Honnêtement ? Tout cela devenait écœurant.

« Il est… Il est gentil. Il élève des Pokémon et est même Champion. Il veille sur ses proches et m’a même offert un arc lorsque j’ai… perdu le mien. En résumé, c’est un abruti complet, une lopette, un boulet, et l’idée même d’avoir un lien de sang avec lui est absolument abominable. Non pas que ça aurait été vraiment mieux avec n’importe quel autre homme, mais tu vois ce que je veux dire. »

Calypso ne sembla pas s’offusquer le moins du monde que j’insulte ainsi son deuxième enfant. Au contraire, le simple fait de l’évoquer semblait la combler de joie, comme si elle profitait à travers mes mots de la présence de Gareth, et que rien ne pouvait plus lui faire plaisir. Je levai les yeux au ciel sans même tenter de cacher mon geste. Ma mère ressemblait de plus en plus à un traître, et j’aurais pu la dénoncer pour moins que ça. Ça m’aurait fait des soucis en moins. Malgré tout, le besoin que je ressentais de lui confier un peu plus de détails sur mon voyage me poussa à lui en dire un peu plus, quitte à devoir subir des vagues de bonheur malsain et interdit.

« Il m’a sauvé la vie. »

« Quoi ? »

Je vis passer de l’inquiétude sur son visage, tandis qu’elle posait sa main sur l’encolure du Cabriolaine. L’idée qu’il lui avait servi à combler le vide que j’avais laissé en partant m’effleura un instant… Je me rappelai alors qu’elle s’était probablement fait beaucoup de souci pendant mon absence. Je n’en ressentis pas de culpabilité, mais une pointe de… réconfort, me sembla-t-il. Même si l’idée d’être associée d’une quelconque manière à une créature aussi… ça… n’était pas vraiment flatteuse.

« Pendant mon voyage, j’ai été prise en otage par un bandit de grand chemin. Je compte sur ta discrétion concernant cette information, Calypso, il y a suffisamment de rumeurs qui courent me concernant pour y ajouter celle-là. Bref, cette enflure a voulu m’échanger à Gareth contre je ne sais pas trop quoi et il – Gareth – a accepté ses conditions sans broncher. Même s’il n’avait aucune idée de qui j’étais. Il m’a recueillie, armée, et crue. Quand je te disais que c’était un abruti. »

Ma mère appréciait apparemment peu ce qu’elle entendait concernant ma rencontre avec Illumino, et je fus heureuse de voir qu’elle réagit non pas comme une mère fière de sa progéniture – l’autre progéniture… - mais bien comme une Chasseresse. Son poing se serra contre son animal de compagnie, qui leva la tête, ne semblant pas très concerné mais apparemment étonné de ressentir une telle tension soudainement.

« J’imagine assez bien l’humiliation. Si ce fils de Tadmorv croise ma route, ce fils bâtard d’un déchet et d’une enflure, je t’assure que… »

« Je tiens à ce que ça reste mon problème, l’interrompis-je. C’est pour ça que je n’en ai pas parlé à d’autres. C’est ma cible. »

Le silence s’installa tandis que ma mère me défiait du regard, jusqu’à ce que Toison se mette à bêler bruyamment sans aucune autre raison que celle de réclamer de l’attention. Cela marcha avec Calyspo, qui l’enlaça pour lui offrir un peu de tendresse, tandis que de mon côté mon mépris pour cette créature s’amplifiait encore. L’idée qu’il s’agisse d’un genre de jalousie, comme si cette bête prenait ma place dans le cœur de ma mère, me traversa l’esprit, et cela me fit ricaner ; ricanement que ma mère interpréta peut-être comme de la moquerie envers son petit protégé.

« Et sinon, maintenant que tu es revenue, que va-t-il se passer ? As-tu… as-tu un enfant ? »

Les nouvelles n’allaient pas très vites, à ce que je voyais. J’expliquai donc quelle était ma situation, et ce que cela impliquait pour elle aussi. L’échec, l’année de sursis, la menace… Cela ne sembla pas la surprendre, plutôt confirmer des craintes qu’elle aurait déjà eues.

« Bannies… »

Son visage était sombre, et je compris que, comme moi, elle approuvait la décision de notre cheffe. Après tout, bien qu’immigrée, elle vivait ici depuis près de trente ans, et avait accepté les principes de notre tribu, même si certains semblaient disparaître lorsqu’on parlait de son fils. Mais, pour autant, elle souffrait réellement de savoir que sa valeur était si limitée qu’on pouvait la chasser de chez elle à tout moment. Elle souffrait de savoir que sa famille ne voulait plus d’elle. Ma mère, malgré ses différences, était une vraie Amazone, l’une des nôtres. Réaliser cela me fit prendre conscience que je ne pouvais pas décemment la laisser tomber. Pourtant, je ne m’attendais pas à la suite. Ma mère se leva et fouilla dans ses affaires, sous nos regards curieux à Toison et moi. Elle me rapporta un vieux bijou, une simple breloque à mes yeux, mais qui semblait posséder de la valeur aux siens.

« Pourrais-tu… pourrais-tu porter cela à Gareth ? »

« Pardon ?! »

Cette requête sortait de nulle part. Il n’avait jamais été question de retourner voir cet homme, et je pensais que ma mère l’avait bien compris. Mais elle semblait très sérieuse, au contraire.

« C’est un bijou que nous avions fait faire à sa naissance. Si les Amazones me bannissent, alors… Je sais que je l’ai abandonné, que je n’ai jamais fait partie de sa vie, mais peut-être acceptera-t-il de m’apporter son soutien. »

Calypso avait vraiment des principes étranges, et j’en venais à me demander si nous étions réellement du même sang, elle et moi. En tout cas, remarquai-je soudain, Gareth et elle étaient plus que probablement parents. Je n’y avais pas fait spécialement attention lors de notre rencontre, mais en voyant le regard de ma mère, je reconnus les yeux de mon frère… Je grimaçai un vague rictus, puis observai le bijou, sceptique.

« C’est un vulgaire caillou avec gravé « Gareth » dessus. J’aurais pu le faire moi-même ou le voler à n’importe qui avec ce nom. Qu’espères-tu que cela prouvera ? »

« Je ne sais pas, souffla-t-elle comme si sa vie dépendait de cela (ce qui était à peu près vrai). Mais il t’a crue quand tu lui as dit être sa sœur, non ? »

Oui, Gareth m’avait crue, en grand naïf qu’il était. C’était vrai qu’en prenant cette information en compte, il était probable qu’il avale n’importe quelle bêtise de ma part. Alors la vérité… il n’y avait pas de raison qu’il doute. Mais je n’avais pas vraiment de raison d’aller le voir, de toute façon…

« Tu sais que je suis censée trouver un géniteur, avant tout, hein ? »

« Je n’ai aucun doute qu’il y a de quoi te satisfaire à Terros, rétorqua-t-elle du tac au tac. Je peux même te prêter Toison pour t’y rendre… Il n’est pas terriblement rapide, mais il est endurant. »

« Hors de question que je monte sur ce truc, répondis-je aussitôt tandis que la biquette levait ses yeux vides vers nous, ayant apparemment reconnu ce nom. Écoute, je… je vais voir ce que je peux faire. »

C’était ce que je pouvais répondre de mieux sans m’engager réellement sur quoi que ce soit. Je rangeai le pendentif, tout en réfléchissant à comment planifier au mieux mon voyage. Le printemps arrivait ; les glaces séparant Terros et Mizuhan fondraient bientôt, je pouvais tenter la traversée au Nord même si je n’avais aucune idée du chemin – la première fois, je ne l’avais pas fait ni volontairement, ni consciemment. Tandis que je demeurais silencieuse, Calypso m’observait. Je voyais bien qu’elle était triste, quelque part, de me voir repartir aussi vite. Mais il y avait autre chose.

« Tu as changé, me dit-elle enfin. Tu es devenue plus… »

« Je te conseille de ne pas finir cette phrase si tu ne veux pas que je change d’avis concernant Terros. Je vais me reposer et je repartirai le plus tôt possible, ajoutai-je en m’installant sur ce qui fût anciennement mon lit. Et cette chose feuillue n’a pas intérêt à s’approcher de moi dans mon sommeil ! »

Calypso sourit. Je n’étais pas trop sûre de ce qu’il y avait de drôle dans ce que je venais de dire. Pourtant, je souris aussi.

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