[ Clos ] Je te suivrai dans ton égarement [Solo]

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[ Clos ] Je te suivrai dans ton égarement [Solo]

Message par Sara Imphylan le Ven 8 Avr 2016 - 14:45

[Notes HRP : Ce texte étant, d'un point de vue scénaristique, la suite directe de Morceaux de Lune, la lecture de ce RP avant de lire ce solo est vivement conseillée, de nombreux éléments abordés étant des références à celui-ci. Il s'agit également du second RP du cycle 1 de Sara. De plus, il s'agit d'un texte sous la contraire n°11, changer de narrateur. Je ne rajoute rien de plus, je vous laisse apprécier la lecture, en espérant qu'elle vous plaise.]


Tu t’étais égarée dans les plaines depuis quelques temps, mais tu ne t’en souciais plus.

Tandis que le vent caressait tes cheveux, les faisant flotter avec une douceur rare au même rythme que les tiges des hautes herbes, tu t’avançais, le bas des jambes nues chatouillées par les plantes vertes. Ton compagnon de route, Skriff, te suivait, disparaissant presque au milieu de cet océan de verdure, grognant dès qu’il te perdait de vue. Alors tu te retournais, souriante ; tu te penchais et lui adressais une agréable parole, qui semblait le revigorer assez pour qu’il continue à te suivre dans cet égarement incessant, ce cercle infini, symbole de ta vie passée que tu réitérais sans cesse.

Tournais-tu en rond depuis plusieurs heures ? Tu ne savais pas, tu t’en moquais un peu, ce n’était pas le souci le plus important à tes yeux. Tu étais trop occupée à réfléchir, à te poser des questions, et ça, ton ami Mangriff le sentait clairement. C’est pour cela qu’il te suivait sans poser de questions, sans chercher à te remettre dans le droit chemin. Bien sagement, passivement, il t’accompagnait, te laissant trouver ton chemin, car tu étais la seule qui avait le droit de choisir ta propre direction. Mais tu hésitais encore.

Depuis la veille, les propos d’Abigael torturaient ton esprit. Non pas qu’ils étaient douloureux, loin de là ; mais ils étaient emplis d’une vérité rare qui te poussait à te poser des questions sérieuses sur toi-même et ton avenir. Bien sûr que tu avais une idée de ce que tu voulais faire, à présent. Le métier de tailleuse, la création de vêtements, c’était ta vie, depuis ton enfance, c’était ce que tu avais toujours voulu faire ! Mais maintenant que l’euphorie d’avoir trouvé était passée, tandis que l’excitation était passée, elles avaient laissé place dans ton cœur à la crainte, la peur de l’inconnu, une fois de plus, comme à leur habitude.

Tu n’étais pas non plus de nouveau au point de vouloir te jeter dans le lac, loin de là, grand bien m’en fasse ! Mais tu n’arrivais pas à prendre de décision, parce que ce n’était pas comme cela que tu voyais les choses. Tu t’en voulais intérieurement d’être si lâche, d’avoir peur de ce qui n’était, au fond, rien ; tu courrais beaucoup plus de danger en errant dans cette prairie sans but, qu’en voulant partir à l’aventure et ouvrir ton commerce itinérant comme tu l’avais espéré la veille au soir. Jusque là, tout cela t’avait paru temporaire. Mais maintenant ?

Tu t’arrêtas alors brusquement, Skriff se heurtant à tes jambes, s’étant lui-même égaré dans ses pensées. Tu demeuras là comme un arbre, étendant les bras vers le ciel, tes branches atteignant presque l’astre solaire drapé de nuages. Une douce mélodie d’un souvenir mélancolique t’atteignit, celui d’une enfance heureuse, d’un jeu avec ta mère dans une prairie lointaine et perdue. Dieux, que cela te paraissait être un rêve ! Tu n’arrivais pas à croire que tu eus pu être heureuse un jour, tant cela te semblait irréel. Était-ce seulement possible que cela puisse recommencer ?

Tu fermas les yeux et te sentis presque tomber sans bouger. Chutant dans les abysses de ton esprit, tu tentas comme à ton habitude, de lâcher prise et de faire abstraction de tes pensées. Cependant, tu n’y arrivas pas. La pluie qui commençait à te caresser la peau te ramena d’un seul coup à la réalité, et tu rouvris les yeux, surprise. Ce signe envoyé du ciel qui semblait souhaiter que tu restes sur terre, te parut être une punition pour ta lâcheté. Tu secouas la tête, comme pour chasser ces pensées, et tu accéléras le pas.

Par chance, un arbre n’était pas loin. Il n’était pas forcément très grand, celui-ci, te dis-tu, mais il ferait l’affaire. Tu t’assis au creux du tronc, qui ressemblait un peu à une sorte de trône pour une princesse. Si tu avais pu lire dans les pensées de Skriff, sans doute aurait-il dit qu’il s’agissait d’un endroit parfaitement adapté pour toi, car il s’installa à tes pieds, réchauffant tes jambes meurtries par la température baissant à cause de la pluie. Vous restâtes là quelques temps, patientant que les intempéries se calment.

Tandis que le ciel se teignait de longs fils gris et noirs, tu avais commencé à caresser doucement ton compagnon, cherchant chaleur et réconfort. Il était indéniable que tu n’étais pas rassurée, à présent que tu semblais de retour à la réalité. Tu craignais d’attraper froid et d’être malade, car tu savais que tu n’aurais pas les moyens de payer un soigneur si cela venait à arriver ; d’un autre côté, tu te voyais inquiétée de te faire attaquer par des animaux sauvages dans un endroit si reculé, alors que Skriff ne s’était pas encore vraiment entraîné…

Depuis le combat de la veille, tu avais peur pour lui. Non pas que tu le pensais faible, tu le savais plein de potentiel, c’était évident ; mais tu craignais qu’il lui arrive quelque chose. Dans ces plaines pluvieuses, tu savais que les Pokémon se déplaçaient en hordes et qu’ils se révélaient être un danger si tu subissais une attaque. Ton compagnon Mangriff ne pourrait évidemment pas te défendre devant autant de dangers… Certes, il n’était pas si désavantagé, te disais-tu, mais tu ne voulais plus qu’il te fasse de frayeur.

Par ailleurs, tu t’inquiétais énormément pour lui. Il semblait plus maussade que d’habitude, moins enclin à sauter devant toi pour te protéger comme il le faisait avant. Il avait commencé à douter de lui, sans doute. Tu essayais de le réconforter, de lui remonter le moral, mais rien n’y faisait ; il paraissait s’enfoncer dans son manque de confiance alors que tu, maladroitement, essayais d’éviter qu’il ne prenne des risques inutiles. Peut-être n’était-ce pas la chose à faire ? Tu ne savais plus, tu avais besoin de quelqu’un pour t’aider, te guider…

Mais non ! Il ne fallait pas cela, te dis-tu alors, en colère contre toi-même. Il fallait que tu apprennes à te débrouiller seule, à savoir prendre tes décisions. Tu devais développer ton autonomie, être capable de savoir quoi faire sans avoir à demander de l’aide à personne. C’était une obligation pour que tu survives. Tu ne voulais plus dépendre de qui que ce soit, tu n’avais plus envie d’être obligée de demander l’avis de qui que ce soit pour faire quelque chose. Mais en même temps, tu te sentais si incapable de le faire… De choisir sans regretter.

Alors tu te perdis de nouveau dans tes pensées, sous cette froide pluie qui arrosait l’arbre qui te protégeait tant bien que mal. Skriff se frottait contre toi, autant pour se réchauffer que pour trouver du réconfort. Tu le serras contre toi et sentis le sommeil te gagner, si bien qu’en quelques secondes, tu t’assoupis au creux de ce végétal si rassurant, bercée par la mélodie de la pluie. Tu oublias presque en quelques secondes tous tes soucis, effaçant d’un revers de main toutes tes pensées maladroites et malheureuses.

Nous décidâmes de profiter de cela pour t’attaquer.

La stratégie était assez simple, au fond : il suffisait d’attendre que ta garde baisse pour te sauter dessus. Oh, me diras-tu, c’était lâche ! Mais il le fallait, pour éviter de prendre des risques. Nous ne savions pas vraiment si tu étais dangereuse, toi ou ton compagnon Mangriff ; aussi nous préférâmes patienter pour avoir une meilleure opportunité. Nous étions affamés et nous avions définitivement besoin de manger, quitte à devoir s’en prendre à une humaine et son Pokémon qui n’avaient rien demandé. Nous sommes donc passés à l’attaque à ce moment-là.

Nous cinq comme un seul, nous avons commencé à nous ruer, te donnant la chasse. Terrifiée, tu t’es alors réveillée, prise de panique, au même rythme que Skriff qui s’élança devant toi pour te protéger comme il l’avait toujours fait. Te redressant d’un seul coup, tu t’es mise à pousser des cris pour nous chasser, nous suppliant de te laisser tranquille. Même si nous n’avions pas réussi à te sauter dessus comme nous l’avions prévu initialement, nous décidâmes de ne pas fuir. Il était trop tard pour faire demi-tour.

Skriff commença à attaquer à son tour. Tu l’encourageas à répliquer, encore plus fort et de manière plus déterminée que la veille. Rendu plus puissant par ta motivation, il réussit à griffer au visage notre chef, qui se recula, abasourdi, avant de se faire poignarder dans le ventre. Blessé, il battit en retraite comme le lâche qu’il était, sans même essayer de donner un coup de canine au Mangriff qui semblait bien déterminé à protéger sa compagnonne de voyage. Moi et les trois autres nous organisâmes rapidement en dialoguant dans un langage que ni toi ni Skriff comprirent, afin de pouvoir attaquer ton ami d’un seul coup.

Tu hurlas lorsque nous bondîmes sur lui. Il se retrouva avec mes crocs profondément plantés dans son bras et mes pattes le plaquant au sol, si bien que, même s’il arriva à chasser mes autres confrères pendant quelques secondes, ils ne tardèrent pas à me rejoindre. Cependant, ta réplique ne dura pas non plus. Prise d’une sorte d’illumination mêlée à de la rage, tu sortis ta paire de ciseaux et tu t’élanças vers nous. Je crois bien que c’est la première fois que j’ai vu de la colère dans tes yeux, et selon Skriff, c’était aussi le cas pour lui.

En un instant, tu taillas ta route, lacérant cruellement mes trois autres camarades, qui battirent en retraite à leur tour. Je laissai le Mangriff au sol et bondit sur toi, mais d’un revers de lame, tu m’envoyas, avec une force incroyable, me plaquer contre l’arbre. Je restai là, sonné pendant de longues secondes, tandis que tu courus vers Skriff ; il avait de nombreuses morsures sur tout le corps, mais grâce à la rapidité de ton action, tu avais réussi à éviter que ses blessures ne soient trop graves. Il se remit debout avec son endurance habituelle, bien décidé à prendre sa revanche, mais tu l’arrêtas avant qu’il ne vienne près de moi.

Au début, je songeai que tu avais eu pitié de moi, ou que tu avais préféré prendre la fuite. Personnellement, à ce moment précis, j’aurais aimé avoir assez de forces pour rejoindre mes camarades, et partir le plus loin possible de toi, car je regrettais amèrement de vous avoir attaqués, bête que j’étais. Seulement, ma patte semblant cassée à cause du choc et étant cruellement lacéré au bas-ventre, je ne pouvais quasiment plus bouger. En plus, je m’étais coincé la patte arrière dans une racine. Je m’imaginais déjà prêt à mourir sous tes coups, abattu à cause de ma bêtise.

Tu t’approchas lentement, lame devant toi, l’agitant comme une épée. Je ne bougeais pas, te montrant les crocs, bien que je souffrais énormément de mes blessures. Je me laissai finalement tomber sur le sol, trop fatigué, de toute manière, pour répliquer. Tu vins près de moi, je vis Skriff te suivre calmement. Il semblait se préparer, avec une sorte de regret, à ce que tu m’ôtes la vie. Il te regardait anxieusement, s’interrogeant sans doute sur ce que tu pensais faire, sur comment tu te préparais à le faire.

Ton regard était vide. Tu semblais savoir « ce que tu avais à faire », la punition à m’infliger pour avoir essayé de te tuer comme un lâche. N’importe qui d’autre n’aurait même pas hésité. Mais tu t’étais promise de ne plus enlever de vie si tu avais le choix. Mais tu doutais. Tu t’agenouillas devant moi, leva la lame au-dessus de moi. Je te regardai fièrement, sans baisser le regard, les crocs serrés. Même si la mort m’attendait et me tendait les bras, j’étais bien décidé à l’affronter en face, et à graver mon visage dans ton esprit. Tu abattis les ciseaux froidement, d’un seul coup.

J’eus alors très froid.

Je rouvris les yeux, pâteux, quelques temps après. Tu étais là, près de moi, finissant de serrer les bandages qui tenaient la lacération qui me taillait le ventre. Tu le faisais mécaniquement, mais avec un grand sourire, un peu comme si ça te soulageait. Skriff, à côté de toi, s’était assis, remuant la queue calmement. Sans vraiment comprendre, je vous regardai tour à tour, et grognai de mécontentement lorsque, maladroitement, tu serras un peu trop le tissu qui calmait le flot de sang. Tu murmuras en souriant que tu m’avais juste libéré la patte et que, sous la panique, j’avais perdu conscience.

Je me sentis un peu bête. J’avais vraiment cru que tu allais me tuer, pour abréger mes souffrances. Mais… Au lieu de ça, tu avais décidé de me libérer et de me soigner, pour que je puisse repartir du bon pied. Enfin, du bon pied, plaisantas-tu avec un rire agréable, ça serait difficile avec ma patte cassée. Tu m’expliquas cependant, toujours calmement et sans que je ne t’interrompisse, que tu avais réussi à la remettre en place et que je guérirai vite. Je ne compris pas ce qui t’avais pris, et aujourd’hui encore, je me demande pourquoi tu m’as soigné ainsi après ce que j’avais fait…

Dans tous les cas, une fois les soins terminés, tu m’adressas une caresse timide, sans crainte cependant, un peu comme si tu considérais que les soins que tu m’avais donné suffisaient à gagner ma confiance, ce qui n’était pas le cas ; je grognai un peu. Tu t’excusas, gênée, et annonças que tu allais te remettre en route quand tu aurais fini de soigner Skriff, et que je pouvais repartir quand je voulais. Je restai là, allongé près de l’arbre, sans bouger. Mais je te regardai en train de soigner ton ami Mangriff calmement, avec la même ardeur.

Je réalisai alors que tu avais préféré me soigner en premier plutôt que de t’occuper de celui qui t’avais protégé. Je n’en dis rien, car après tout, tu n’aurais pas compris ; mais je fus extrêmement surpris. Pourquoi avoir préféré s’occuper de l’attaquant, alors que le défenseur était celui à privilégier dans ce genre de cas ? Quel genre de folie avait bien pu traverser ton esprit ? Après tout ce temps passé à vous suivre à la trace, lui et toi, je n’arrivais toujours pas à te comprendre, toi qui semblais si différente des autres humains que je connaissais.

Je te regardai encore pendant de longues minutes, jusqu’au moment où tu eus fini, ce qui ne tarda pas. Je réussis à me remettre droit, malgré mes blessures, et décidai de m’éloigner. J’allais regagner ma meute et t’oublier. C’était mon plan de vie. Continuer comme j’avais toujours continué, faire comme si cette rencontre n’avait jamais eu lieu. Mais si jamais ils me voyaient arriver, soigné comme cela, que penseraient-ils ? Que j’avais pactisé avec l’humaine ? Oh, cela importait peu après tout, ma place était là-bas, dans ces prairies pluvieuses, à chasser le Tauros avec mes confrères Grahyèna comme je l’avais toujours fait jusqu’à présent.

Cependant, alors que tu commençais à retourner dans ton égarement, la pluie s’étant tue, j’eus une hésitation. Tandis que je sentis les herbes me frôler, je réalisai que… Que, je ne sais pas, en fait. C’était un sentiment étrange, un regret qui me prenait brutalement, tandis que je réalisais que… Peut-être que je tournais le dos à quelque chose d’important. Peut-être que je n’avais rien à perdre, en fait. De toute façon je ne savais pas où étaient les autres, et peut-être même qu’ils me pensaient mort. Ça faisait beaucoup de si, en fait. Mais finalement…

J’étais prêt à prendre le risque.

Je fis demi-tour et me mis à côté de toi. Tu parus surprise, mais Skriff ne le fut étrangement pas. Il m’expliqua un peu plus tard que c’était comme ça que ça avait commencé pour lui. Il n’élabora pas plus ; je me souviens cependant exactement des mots que tu m’as dit quand je me suis mis à tes côtés pour la première fois d’un grand nombre de fois. Tu m’avais souri, tu avais essuyé le sang sur tes ciseaux sur l’herbe, avant de les ranger, et de me dire, d’une voix extrêmement calme et naturelle, comme si cela faisait des années que nous voyagions ensemble :

« Si tu nous accompagnes pour un morceau du chemin, ça te dérange si je t’appelle Aiden ? »

Je ne répondis pas, mais tu pris ça pour un oui. En même temps, c’était ce que je sous-entendais par mon silence.

Depuis ce jour je n’ai pas quitté ce fameux morceau de chemin.

Et bizarrement, la route que tu as prise est devenue droite depuis.

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